La Fleur d’Attica

La Fleur d’Attica

Auteur : Valentin Auwercx

Genre : Thriller psychologique / Dystopie

Longueur : 76 962 mots

Thèmes abordés : Criminalité, Déontologie, Peine de mort

Résumé : 

En 2051, la surpopulation explose et le fossé de l’inégalité se creuse. La criminalité croissante devenant difficile à contenir au sein des prisons, le gouvernement américain décide de mettre en vigueur une toute nouvelle méthode de mise à mort sur l’ensemble de son territoire – le programme Dernière Volonté. D’immenses bâtiments blancs en forme de Fleur accueillent les criminels voués à l’exécution dans le plus grand des secrets. Quand Light O’Grim est condamné à la Dernière Volonté, il ne se doute pas une seule seconde de ce qu’il va découvrir au sein de la Fleur D’Attica… Le paradis existe-t-il vraiment pour les personnes destinées à l’enfer ? Et si les coupables devenaient les victimes ?

Date de Parution : 28 avril 2020

Prix de l’ebook : 3,99€

Prix du livre broché : 12,99€

{Histoire | Extrait | Première partie}

INTRODUCTION

La surpopulation mène à l’inégalité. L’inégalité creuse le fossé de la pauvreté. La pauvreté engendre la criminalité. En acceptant le programme Dernière Volonté, nous appuyons la sélection artificielle, et faisons de la fin du problème, la solution à son début.

Isaac. D. Saul – 2 juin 2051 Washington

C’est sur ces mots que le 53e président des États-Unis déterra la guillotine et instaura une nouvelle méthode de mise à mort pour l’ensemble du territoire Américain.

La population mondiale dépassait les dix milliards en 2040, et les USA comptaient plus de 400 millions d’habitants. Si, en apparence, ces chiffres enrichissaient davantage les riches et appauvrissaient toujours plus de pauvres, ils suscitaient bien d’autres difficultés. La terre s’apparentait à un pommier géant, et seul le dernier fruit cueilli était partagé. Jetez une pomme au milieu de 10 rats et chacun pourra y croquer son morceau. Faites la même chose avec 100 et ils ne manqueront pas de s’entretuer. Le problème ne provenait pas du nombre de denrées disponibles, mais de leur distribution. Pendant que certains avaient les poches pleines à craquer, d’autres n’avaient même pas de poches.

Quand votre assiette reste désespérément vide, un jour ou l’autre, vous envisagez votre couteau comme un moyen d’y mettre un steak.

 En 2044, la criminalité explosa, et les prisons se remplirent plus vite que des parcs d’attractions. Les condamnés s’entassèrent par groupes de huit dans des cellules pour deux, et les couloirs pénitentiaires prirent des airs de galeries des horreurs. Il fallait construire toujours plus de bagnes, nourrir toujours plus de criminels, payer toujours plus de gardiens… Le Gouvernement estima que la criminalité grandissante coutait beaucoup trop cher. En conséquence, le programme Dernière Volonté fut voté.

D’immenses bâtiments blancs à 6 pétales fleurirent un peu partout sur le continent américain. Les fleurs de la justice se devaient d’incarner la remise au jour de la peine de mort, certes, mais aussi sa bienveillance – collez un arc-en-ciel sur un orage et il paraitra beaucoup moins menaçant. Les condamnés à la Dernière Volonté n’avaient rien à voir avec les précurseurs à l’exécution. Ils n’avaient plus à moisir dans une boite à chaussures, à regarder les rats grignoter leurs orteils, en attendant qu’on les traîne jusqu’à la chambre à gaz, le peloton d’exécution ou la chaise électrique. Non, ils pouvaient maintenant jouir d’une ultime vie avant la mort. On les enfermait dans des paradis blindés, et leur offrait une subsistance plutôt confortable – jusqu’à ce que le bourreau ait fini d’aiguiser sa hache.

Avec la dernière volonté, plus personne n’était en mesure de remettre en cause l’éthique de la peine de mort. Le couloir qui menait à la potence était doré, et d’après ce qu’on en disait, toutes les têtes tombées dans le panier souriaient. Le gouvernement avait réussi sa pollinisation marketing. Il en était ainsi, les fleurs avaient le don de rendre poétiques les plus horribles vérités. Un rose rouge transformait un salop en romantique, des coquelicots faisaient d’une route bétonnée un joli chemin, une tombe sous un bouquet de chrysanthème devenait un lieu de recueillement, et un abattoir à six pétales répandait le doux parfum de la justice.

En 2060, le programme Dernière Volonté affichait presque 17 millions d’exécutés au compteur. L’opération fut considérée comme un succès par les autres continents qui prirent modèle sur leur voisin américain.

Ce livre raconte l’histoire du prisonnier O-M33T442 – Light O’Grim. Condamné le 14 janvier 2060 à la Dernière Volonté dans la fleur n° 9, située à Attica, dans l’État de New York.

1

… je vous condamne à la dernière volonté ! »

CLAP !

Qu’y avait-il de pire ? La fin de la phrase de ce vieux juge lassé d’envoyer des gens à l’échafaud, ou le bruit final du marteau qui écrasait tout espoir de revenir en arrière ? Light O’Grim n’en savait rien, et de toute façon, il ne s’en souciait guère. La bouche cousue d’une barbe fournie, il n’avait pas frisé le moindre mot au cours de son jugement. Ses yeux avaient roulé sur le parquet poussiéreux du tribunal, et ses longs cheveux bruns avaient coulé en avant sur son visage comme une cascade fuligineuse. Un épouvantail abattu sous le poids de la pluie, voilà ce qu’il avait été.

 Son avocat lui avait préalablement glissé le mot sur la table des détenus, mais il l’avait deviné à l’instant même où la gâchette avait cédé sous son index. Peu importait les étoiles que comptait le ciel, plus aucune ne brillerait pour lui. C’était comme s’il avait été lâché en orbite autour d’un trou noir – l’attraction était impétueuse, les ténèbres promettaient de l’avaler.

« Suivez-moi, O’Grim », le sollicita un jeune policier aux cheveux roux frisés. « Je m’appelle Steve Gaterson, c’est moi qui suis chargé de votre acheminement jusqu’à la fleur d’Attica. »

Light fit mine de bon perdant. Il se leva et, menottes aux poignets, se montra plutôt docile. L’agent l’aida à quitter le rang des accusés, puis le saisit par le coude afin de l’accompagner jusqu’à la petite porte destinée à avaler les coupables, Light jeta un coup d’œil aux têtes qui dépassaient des bancs de l’assistance. Son regard brillait d’une infime lueur d’espoir – lueur qui se ternit après trois battements de paupières.

« Par ici, O’Grim », somma le policier d’un ton qui se voulait autoritaire.

Il le tira par le bras, et tous deux quittèrent la grande salle du tribunal. Après avoir traversé un couloir en gruyère, troué d’innombrables portes, ils en empruntèrent une sur laquelle était écrit, en peinture écaillée : Salle du dernier souvenir.

Ils mirent les pieds dans une pièce grande comme le bureau d’une agence de voyages. Un billet pour l’enfer ? Mais bien sûr, monsieur, ça ne vous coûtera que votre conscience, songea Light. Si le poster d’un avion, modèle 777x de chez Boeing – sûrement punaisé là par hasard – ne faisait que renforcer l’impression d’être tombé chez DarlingAir, il n’en était rien. Il s’agissait en fait d’une salle d’attente aux murs en peau d’orange, qui ne comptait pour strict mobilier que deux canapés en cuir éventrés, un Yucca aux feuilles jaunies, et une machine à café placardée d’une feuille plastifiée, sur laquelle le mot GRATUIT était inscrit en lettres maladroites. Le parfum de l’Arabica aseptisé rappela à Light celui des salles de pauses de ses pires boulots. Un genre de café-clope, mais sans la clope.

Le policier somma le condamné de s’assoir et sortit une petite tablette numérique de sa poche.

« Alors… »

Il fronça les sourcils, soupira et tapa sur celle-ci comme il l’aurait fait avec une calculatrice. Un accusé moins une condamnation à mort, ça fait zéro, pensa Light en le regardant. C’est ça : le chiffre du néant.

L’agent Gaterson mâchait sa langue dans un bruit gluant semblable à celui d’un chewing-gum. Le rouquin portait peut-être l’insigne, il avait l’air aussi niais qu’un stagiaire abandonné à la caisse d’un MisterFood dès son premier jour. Light se demanda si les concours d’admission de la police réclamaient de savoir compter jusqu’à dix, ou si on leur demandait quand même d’atteindre les vingt.

« À qui voulez-vous faire vos adieux ? » demanda Gaterson.

Light ouvrit ses mains et regarda à l’intérieur.

« Je… commença-t-il.

— Oh, je vois que personne ne s’est inscrit sur le registre de votre jugement, constata le policier. Parfait, ça nous fera gagner du temps. Avec un peu de chance, je serai rentré avant que ma femme ne dorme. »

Il leva les yeux sur son prisonnier. Light fondait sur le canapé comme un glaçon au soleil. La mélancolie lui collait à la peau, et on pouvait se demander si elle n’allait pas nous contaminer si on le regardait de trop près – ou trop longtemps.

L’agent Gaterson renifla et rangea sa tablette dans sa poche.

« Bon, ce n’est pas grave. Ça arrive souvent dans des affaires du genre », dit-il pour lot de consolation.

Light entendit cette remarque comme un écho venant de loin. Le policier n’était qu’une jeune recrue, et à le regarder, on pouvait facilement deviner qu’il n’avait pas encore assez d’expérience pour juger si telle ou telle chose était récurrente. Mais même si un vieux moustachu, agrafé d’un insigne usé, avait prononcé cette phrase, le condamné n’en aurait pas été réconforté. En constatant que personne n’était venu lui dire adieu, et encore moins ses parents, Light O’Grim avait compris que sa mort ne parviendrait pas à pardonner ce qu’il avait fait.

Nous étions en plein hiver, et la stèle de son frère était fleurie comme le printemps. Il ne pouvait pas s’empêcher d’imaginer sa propre tombe en été, humidifiée par les crachats comme l’automne.

2

Steve Gaterson poussa Light O’Grim à l’arrière du fourgon qui allait le conduire à la fleur d’Attica. Durant le trajet, le condamné repensa à ce que lui avait expliqué son avocat sur la sentence de la dernière volonté. À partir du moment où il avait quitté le tribunal, c’était comme s’il était mort et enterré aux yeux de tous.

La salle du dernier souvenir, pensa-t-il en soufflant un rictus. Un café gratuit dans un vieux canapé. S’ils appellent ça des adieux, je crains de voir à quoi ressemble la fleur d’Attica.

Il avait tenté de se renseigner sur les conditions de détention de la dernière volonté, mais personne ne savait vraiment ce qu’il se passait entre les murs des grandes fleurs blanches – pas même son avocat. C’était un secret que le gouvernement déguisait sous une phrase indémodable : tous les condamnés ont droit à leur dernière volonté. Oh, bien entendu, il y avait un site internet sur lequel on pouvait retrouver une vidéo pour chaque condamné. Pour la plupart, celles-ci étaient des témoignages d’environ cinq minutes. Beaucoup y exprimaient leurs regrets, d’autres adressaient un dernier message à leur famille, leurs amis. Mais aucun n’expliquait dans quelles conditions ils vivaient leurs derniers instants. C’était comme s’ils portaient tous un bâillon invisible.

Seule l’association Paradise, chargée de veiller à ce que les fleurs ne deviennent pas de véritables abattoirs laissait échapper de vagues informations après chacune de leur visite. La plupart du temps, elle se contentait de dire : les fleurs sont de petites villes où tous les condamnés ont la chance de vivre une seconde vie. On pouvait se demander si l’association n’était pas payée pour rassurer les plus sceptiques au sujet de la peine de mort. Mais si le modèle avait été reproduit dans beaucoup d’autres pays – comme la France, par exemple – c’était qu’il respectait les droits de l’homme. Il était donc peu probable qu’on leur mente. La fleur sentait bon de l’extérieur, il était donc logique qu’on retrouve son doux parfum à l’intérieur.

Les pneus du fourgon butèrent sur le bord d’un nid de poule. Light sursauta dans la cabine blindée arrière et se cogna la tête.

« Hey, vous ne pouvez pas faire attention ! » cria-t-il.

Sa voix rauque résonna contre les parois métalliques pour seule réponse. Il réajusta ses fesses sur le banc alvéolé du véhicule et fit craquer son cou contre son épaule droite.

Mort et enterré, repensa-t-il.

Il était enfermé dans une grande boite noire comme si on l’avait cloué dans un cercueil géant. Il se demanda si quelqu’un en salopette n’était pas en train de le descendre dans une fosse sous le regard d’un type au col romain, et aux mains agrippées à une croix dorée.

Amen.

C’était ça. Sa vie – sa véritable vie – était terminée. Son avocat l’avait prévenu. Après le jugement, toutes ses affaires seraient saisies, ses comptes en banque seraient vidés à la paille par la justice, et même son nom ne lui appartiendrait plus. Il serait tassé dans un dossier bien loin de sa personne, accompagné d’un numéro de transaction financière bien plus que pénitencier. La justice se servait de la saisie pour dédommager les familles des victimes, et s’il y avait plus, ça tombait dans les caisses sans faire de bruit. Dépossédé de tout ce qui forgeait son identité, Light O’Grim n’était plus qu’un sac de viande prêt à être livré à l’abattoir.

Le condamné commença à trouver le temps long. Seul, et pour compagnie sonore que les tintements de ses chaines qui cognaient contre le banc, il se demanda combien d’heures un fourgon pouvait-il mettre pour passer de New York à Attica.

Neuf, ou dix, sans compter les pauses et d’éventuels bouchons, songea-t-il.

C’était beaucoup, et il avait une irrépressible envie de pisser. Si personne ne le descendait dans l’heure qui suivait, alors il ne résisterait pas plus longtemps et en tacherait sa combinaison. Cette idée le mettait vraiment mal à l’aise. Une fois arrivé à la fleur d’Attica, comment pourrait-il se tenir la tête haute en coulant dans son slip ? La première impression restait à jamais gravée dans l’esprit des gens. La peur de finir sa vie appelé l’incontinent ou pire, le pisseur, l’obligea à resserrer les cuisses. À défaut de réussir sa vie, il n’avait pas le droit d’entacher sa mort.

Soudain, Light crut entendre un bruit de ventilation. Dans l’obscurité, il ne parvenait pas à discerner si le caisson était équipé de ce genre de dispositif. Mais il se doutait bien que oui, sinon, il aurait fini asphyxié – ce qui était bien loin d’être une dernière volonté convenable. Le bruit s’intensifia en même temps que le condamné sentit une drôle d’odeur lui friser les naseaux – semblable à un mélange de désinfectant et de médicaments. Il avait l’impression d’avoir mis les pieds dans un hôpital, et ça commençait à l’inquiéter.

Allait-il achever sa vie gazé dans ce caisson ?

Sa gorge se noua, et ses tempes se mirent à battre comme deux gros minuteurs. Il tenta de crier – en vain. Alors, dans un mouvement de panique, Light frappa ses poings enchainés contre la paroi métallique qui l’épaulait. Il cogna si fort qu’il pouvait en sentir ses phalanges et ses poignets craquer.

À l’avant du véhicule, le jeune Steve Gaterson et ses deux collègues suivaient la route des yeux tout en écoutant le ramdam du condamné. Celui-ci faiblit très vite, puis se tut. Quand ce fut le cas, le policier qui conduisait adressa un sourire satisfait à l’agent Gaterson, puis tourna le bouton de la radio au maximum.

Seul le soleil tachait le ciel bleu en ce jour du mois de janvier. L’après-midi promettait d’être radieux. Le fourgon pénitentiaire poursuivit sa route vers Attica, bondissant gaiement entre les nids de poule et beuglant le titre Highway To Hell d’ACDC.

Découvre la suite en te procurant le livre ICI

Cette histoire vous a plu ? Vous en voulez plus ?

Vous pouvez me soutenir financièrement sur Tipee afin de me permettre de vous partager toujours plus de récits inédits 🙂

Vous pouvez également faire parler de cette histoire sur les réseaux sociaux à l’aide des boutons de partage, ou effectuer un don en Ethereum en flashant le QR code présent sur cette page.

Aussi, n’hésitez pas à me laisser un commentaire, je réponds à tous les messages.

Je vous remercie énormément pour votre générosité et votre soutien !

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *