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La Fleur d’Attica | Introduction

La surpopulation mène à l’inégalité. L’inégalité creuse le fossé de la pauvreté. La pauvreté engendre la criminalité. En acceptant le programme Dernière Volonté, nous appuyons la sélection artificielle, et faisons de la fin du problème, la solution à son début.

Isaac. D. Saul – 2 juin 2051 Washington

C’est sur ces mots que le 53e président des États-Unis déterra la guillotine et instaura une nouvelle méthode de mise à mort pour l’ensemble du territoire Américain.

La population mondiale dépassait les dix milliards en 2040, et les USA comptaient plus de 400 millions d’habitants. Si, en apparence, ces chiffres enrichissaient davantage les riches et appauvrissaient toujours plus de pauvres, ils suscitaient bien d’autres difficultés. La terre s’apparentait à un pommier géant, et seul le dernier fruit cueilli était partagé. Jetez une pomme au milieu de 10 rats et chacun pourra y croquer son morceau. Faites la même chose avec 100 et ils ne manqueront pas de s’entretuer. Le problème ne provenait pas du nombre de denrées disponibles, mais de leur distribution. Pendant que certains avaient les poches pleines à craquer, d’autres n’avaient même pas de poches.

Quand votre assiette reste désespérément vide, un jour ou l’autre, vous envisagez votre couteau comme un moyen d’y mettre un steak.

 En 2044, la criminalité explosa, et les prisons se remplirent plus vite que des parcs d’attractions. Les condamnés s’entassèrent par groupes de huit dans des cellules pour deux, et les couloirs pénitentiaires prirent des airs de galeries des horreurs. Il fallait construire toujours plus de bagnes, nourrir toujours plus de criminels, payer toujours plus de gardiens… Le Gouvernement estima que la criminalité grandissante coutait beaucoup trop cher. En conséquence, le programme Dernière Volonté fut voté.

D’immenses bâtiments blancs à 6 pétales fleurirent un peu partout sur le continent américain. Les fleurs de la justice se devaient d’incarner la remise au jour de la peine de mort, certes, mais aussi sa bienveillance – collez un arc-en-ciel sur un orage et il paraitra beaucoup moins menaçant. Les condamnés à la Dernière Volonté n’avaient rien à voir avec les précurseurs à l’exécution. Ils n’avaient plus à moisir dans une boite à chaussures, à regarder les rats grignoter leurs orteils, en attendant qu’on les traîne jusqu’à la chambre à gaz, le peloton d’exécution ou la chaise électrique. Non, ils pouvaient maintenant jouir d’une ultime vie avant la mort. On les enfermait dans des paradis blindés, et leur offrait une subsistance plutôt confortable – jusqu’à ce que le bourreau ait fini d’aiguiser sa hache.

Avec la dernière volonté, plus personne n’était en mesure de remettre en cause l’éthique de la peine de mort. Le couloir qui menait à la potence était doré, et d’après ce qu’on en disait, toutes les têtes tombées dans le panier souriaient. Le gouvernement avait réussi sa pollinisation marketing. Il en était ainsi, les fleurs avaient le don de rendre poétiques les plus horribles vérités. Un rose rouge transformait un salop en romantique, des coquelicots faisaient d’une route bétonnée un joli chemin, une tombe sous un bouquet de chrysanthème devenait un lieu de recueillement, et un abattoir à six pétales répandait le doux parfum de la justice.

En 2060, le programme Dernière Volonté affichait presque 17 millions d’exécutés au compteur. L’opération fut considérée comme un succès par les autres continents qui prirent modèle sur leur voisin américain.

Ce livre raconte l’histoire du prisonnier O-M33T442 – Light O’Grim. Condamné le 14 janvier 2060 à la Dernière Volonté dans la fleur n° 9, située à Attica, dans l’État de New York.

 

 

Découvrez la suite dans le livre La Fleur d’Attica.

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