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Pruna Feu Follet : Chapitre 4

Zino, légèrement en retrait, n’y croyait pas ses oreilles. Mr Holliger était loin d’être si honnête qu’il le pensait. Son père avait au moins raison sur ça – cet éthériste de grand chemin était un charlatan de la pire espèce, un brigand de Deucalion. Il avait suffi d’une jeune paumée trop savante pour le démasquer.

Au grand soulagement de Mr Holliger, la gamine aux cheveux rouges ne le fit pas chanter plus longtemps. Elle partit à l’échoppe d’à côté en ignorant la foule qui la fixait d’un œil curieux, se demandant d’où une fillette encrassée à la bourse si pendue pouvait bien sortir.

C’est ça, va humilier la concurrence et oublie-moi, pensa Herv Holliger en serrant les dents.

« Bon, à qui le tour, maintenant ? quémanda-t-il, les lèvres encore frémissantes.

— C’est à moi ! fit Zino en agitant la main en l’air.

— Bien ! Et que désire ce jeune homme ? La plus grosse éthérite que je possède, peut-être ? Et bien, c’est trop tard, mon garçon. Elle est partie avec ma générosité. »

Mr Holliger ravala sa salive. Il lança un regard torve en direction de la gamine aux cheveux rouges, en train de discuter avec Kim le joaillier, un peu plus loin. Zino, une main dans la poche ventrale de sa salopette, tâta ses sept Merx de cuivre. Il espérait pouvoir en tirer un quelque chose.

« En fait, c’est tout l’inverse. Quelle est la plus petite éthérite qu’il vous reste ? » demanda-t-il.

Mr Holliger fronça d’un sourcil.

« Dis-moi combien tu possèdes et je te dirai ce que je peux faire pour toi. »

Zino sortit les sept pièces de cuivre et les tendit au vendeur dont le sourcil droit se mit à frétiller comme un serpent.

« Tu te fiches de moi ? lâcha Herv Holliger. C’est une blague, c’est ça ? »

Zino referma timidement son poing sur son argent.

« Non. J’ai… J’ai économisé pendant trois ans. J’espérais que ça suffirait pour avoir…

— Tout ce que tu vas avoir, c’est un bon coup de pied aux fesses si tu ne déguerpis pas d’ici tout de suite. Sept Merx de cuivre ! Non, mais qu’est-ce que tu crois ? C’est pas gravé charité sur mon front ! » Il se racla la gorge et cracha sur le côté. « Si t’as rien de plus à me proposer, je te conseille vivement de dégager de ma vue. »

Zino, dépité, baissa la tête et serra les poings. Ce gros cochon n’était guère mieux que son père. C’était un briseur de rêve, lui aussi. Cependant, tout n’était pas perdu pour le garçonnet. Il avait assisté à la démonstration magouilleuse du vendeur. Il avait acquis certaines informations à son propos, et il comptait bien s’en servir pour parvenir à ses fins.

Ah d’accord, tu veux jouer à ça ? se dit-il. Je vais te faire cracher le fond de tes poches, mon gros !

 Dans un sursaut de colère, Zino écrasa son petit poing sur le comptoir de l’éthériste – Gildas n’aurait pas mieux réagi.

« Vous allez me vendre une éthérite, que cela vous plaise ou non ! » s’écria-t-il en l’intimidant d’un regard féroce.

Surpris, Mr Holliger tressaillit. Son teint rougit subitement. Il se pencha en avant, empoigna Zino par la salopette et le tira par-dessus le comptoir.

« Personne ne m’a jamais parlé sur ce ton, petit con, gronda-t-il.

— Vous êtes un charlatan ! lâcha Zino. J’étais là. J’ai tout entendu quand…

— Et donc ? Qu’est-ce que ça peut te faire ?

— C’est simple. Soit vous me donnez une éthérite, soit je déballe vos magouilles devant tout le monde.

— Alors maintenant c’est carrément donner, » souligna Mr Holliger. Il laissa échapper un rire nerveux, attrapa le garçon derrière la nuque et colla son front contre le sien. « J’en ai rien à faire de ce que t’as vu ou entendu, petit. Tu peux tout balancer si ça te chante, personne ne croira un garnement de ton genre. Ici, on déteste les resquilleurs. »

Zino haussa les sourcils si hauts qu’ils ne retombèrent pas. Herv Holliger sourit.

« Tu pensais peut-être que je ne l’avais pas remarqué. Mais je repère mes clients à cent mètres. Si je n’ai rien dit, c’est parce que tu n’es encore qu’un gosse. D’ailleurs, je te reconnais, maintenant. Tu es le fils de l’autre barrique, là – Gildas, le choperon. Tu vas dégager, sinon je m’en vais tirer ton père de son fût pour lui parler de tes manières. »

Il relâcha Zino qui put reposer ses talons sur la terre ferme. Le visage du garçonnet avait blêmit. L’idée même que son père soit mis au courant de son intention d’acheter une éthérite l’avait refroidi au point d’en claquer des dents.

« Suivant ! » cria Mr Holliger.

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